FLEUR DE LUNE N°24

décembre 2010



Le mot du président


  • Fourré/Queneau: Si tu t'imagines... par J.P Guillon
  • Une lettre de Maurice Fourré à Louis Rouanet
  • La Marraine du Sel, bilan d'une réédition
    • Les Rendez-vous masqués, par B. Duval
    • Sorcellerie en Indre-et-Loire, par P. Pigot
    • Richelieu, par J.-F. Dubois
  • Maurice Fourré/Eugène Mouton, à la même enseigne, par Ph. Landreau

Echos et nouvelles

-L'affaire Dovalle: une source inédite de la Marraine du Sel?
-Les Cahiers Fourré: une nouvelle publication de l'AAMF
-Parthénogénèse, par B. Duval



Les textes de ce numéro sont disponible au format pdf (clic!)

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Le mot du président

Voici déjà le numéro 24, qui paraît à l’orée d’un hiver neigeux et glacial. C’est pourquoi nous l’avons mitonné bien roboratif et réconfortant, plein de nouvelles, de coups de cœur et de coups de gueule, d’enquêtes et de découvertes.

L’année 2010 n’a pas été un mauvais millésime pour notre Association, qui a pu se lancer dans une nouvelle aventure éditoriale, les « Cahiers Fourré » (vous trouverez plus de détails sur la chose dans ce numéro de Fleur de Lune). Nous avons également noué de nombreux contacts nouveaux et intéressants, notamment à la faveur du Salon de la Revue où, pour la quatrième fois, l’AAMF a tenu son stand les 16 et 17 octobre.

Ce fut aussi, nul ne l’ignore plus, l’année de la réédition de La Marraine du Sel, et vous lirez dans les pages qui suivent le bilan de cette renaissance, dont nous espérons qu’elle sera suivie de beaucoup d’autres : car il faut le savoir, ce titre excepté – enfin accessible grâce aux efforts d’un courageux éditeur (l’Arbre Vengeur) et de l’Association –, aucun ouvrage de Maurice Fourré n’est plus disponible en librairie ... Nous avons donc encore beaucoup de projets à mener à bien pour les années qui viennent ...

Mais que cela ne vous empêche pas de vous plonger dans la lecture de ce numéro 24, où vous apprendrez beaucoup de choses sur Queneau, Richelieu, les annales criminelles de Montreuil-Bellay, ou encore la double vie d’Eugène Mouton, magistrat et écrivain précurseur de la science-fiction, et prédécesseur immédiat de Fourré dans la belle maison familiale de Niort où Maurice a passé toutes ses vacances d’enfant. Et sur Fourré lui-même, bien entendu. Car ce que nous savons de lui reste insignifiant au regard de nos ignorances. Continuons donc le combat.

À vous tous, bonne fin d’année, et vivement 2011, pour de nouvelles aventures fourréennes !

Raymond Queneau - Maurice Fourré

Si tu t’imagines ...

Sans repos, à travers les modes éphémères,
je poursuis l’image de mon rêve.

Johann-Heinrich Füssli

Dans son espèce de livre de mémoires, qu’il a intitulé Endetté comme une mule (Belfond, Paris, 1979), l’éditeur Eric Losfeld rend justice au passage à Philippe Audoin, « cet homme singulier qui m’a épaulé quand je tournais les rigueurs de la censure », et amusé, il le revoit « coiffé d’un béret et portant un pull rayé tricoté à la main, capable en plus d’allier l’émotion et le dilettantisme, un goût affirmé pour le chant grégorien et le vin blanc sec ... ».

Lire : Raymond Queneau - Maurice Fourré

Une lettre de Maurice Fourré à Louis Roinet

Mardi 17-5-49 - Angers

Bien cher Ami,

En même temps que votre aimable carte, je reçois une belle et bonne lettre d’A. Breton qui me fait un immense plaisir et à laquelle je répondrai demain après y avoir réfléchi à loisir.

1° Tout est d’accord avec Mr Gaston Gallimard : collection Révélation, publication cette année. Queneau recevra d’A.B. la copie dactylographiée non reliée pour calibrage de l’imprimeur (1). M. Breton demande de conserver la sienne. Le mieux serait donc que je lui remette une de celles que j’ai à Paris et dont je déglinguerai la reliure - Je viendrai donc à Paris incessamment – car A. Breton me parle de remettre la copie cette semaine – et je ne sais comment faire sinon annoncer ma proche venue. Le contrat me serait bientôt donné à signer. Publication dans le deuxième semestre ––––––––

Lire : Une lettre de Maurice Fourré à Louis Roinet

Les rendez-vous masqués

Bilan d’une réédition



La confiserie que nous tend Fourré est semblable à celle
que fabriquent les Mexicains pour leur carnaval, tout entière
de sucre scintillant mais ayant la forme d'un crâne.

Michel Butor, in Monde nouveau, 1955




L'Arbre vengeur, c'est-à-dire un graphiste et un ancien libraire qui ont d'abord eu envie d'éditer des textes épuisés, des petites curiosités intellectuelles de la fin du XIXe et du début du XXe. Des textes mordants, gorgés d'humour noir, avec une liberté de ton et un appétit pour la langue fabuleux ...

Lire : Les rendez-vous masqués

Sorcellerie en Indre-et-Loire

Tous ceux qui s’intéressent au surréalisme, et à ses innombrables petites ramifications internationales toujours riches en surprises, vous le diront comme moi : si l’adage veut que pour certains auteurs il faut se lever tôt pour trouver leurs livres, alors sachez qu’il faudra vous lever très très tôt si vous désirez, comme ça sur un coup de tête, mettre la main sur les quelques romans de Maurice Fourré, tardif bourgeon du surréalisme (il était plus que septuagénaire à la publication de son premier roman !) dont la maison Gallimard a laissé le maigre corpus disparaître corps et reliures de son catalogue actif depuis des décennies. Imaginez ma joie le jour où j’ai pu harponner par hasard chez un bouquiniste un exemplaire extrêmement jauni de La Nuit du Rose-Hôtel, son chef-d’œuvre de magie rituelle : la chance m’était enfin donnée de goûter aux phrases raffinées et ésotériques de Madame Rose et des mystérieux occupants de son hôtel de passe du quartier Montparnasse, aux discrets jeux typographiques de Fourré, aux constants décalages qu’il introduit dans les voix de ses personnages, sonnant toutes comme des incantations immémorielles redescendues dans notre monde contemporain, et tournoyant autour de deux enfants placés malgré eux au centre d’un long processus d’adoration et d’accomplissement ...

Lire : Sorcellerie en Indre-et-Loire

Richelieu

A quel moment de ma visite, je ne saurais dire, je m’étais retrouvé flanqué d’un petit vieillard propret et volubile, comme dessiné en filigrane avec sa veste pied-de-poule, son nœud papillon et son chapeau mou des années 1950. Ce cicérone m’avait imposé sa présence et son bavardage avec un naturel et une politesse d’ancien régime si désarmants que je n’avais même pas esquissé une moue d’agacement, et je me laissais littéralement conduire, presque autant soulagé que charmé, à travers le réseau géométrique des rues et des places de la ville close quadrangulaire édifiée sur ordre du Cardinal à partir de 1631. [...]

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