Fourré dans le polar


par Bruno Duval

I. Languidic/Adamsberg ?


Fred Vargas, auteure des poétiques romans policiers qui font les délices de lecteurs sans nombre - dont nous sommes - s'est retrouvée ces derniers mois sous les feux de l'actualité pour avoir défendu la cause de Cesare Battisti, son confrère italien, menacé d'extradition pour des faits remontant à plus de vingt ans.
Divers portraits d'elle ont paru dans la presse. On y apprend qu'elle est archéozoologue, spécialiste des ossements (si, si) et de l'Europe médiévale, qu'elle a emprunté son pseudonyme de Vargas à La Comtesse aux Pieds nus, de Joseph Leo Mankiewicz ... et aussi, et enfin, qu'elle est la "fille d'un surréaliste". Un complément d'enquête nous a révélé que ledit surréaliste n'était autre que le regretté Philippe Audoin, membre du dernier groupe surréaliste, auteur en 1976 (parmi d'autres essais) du remarquable Maurice Fourré, rêveur définitif (Éditions le Soleil Noir), et premier admirateur, exégète et défenseur de notre grand homme.
Frédérique Audoin, alias Fred Vargas, aurait-elle subi, ne serait-ce que par ricochet, l'influence de Maurice Fourré ? Une lecture attentive de ses romans permet de l'affirmer. Quelques signes épars, épaves flottant çà et là dans des eaux, celles, bretonnes, de Un peu plus loin sur la droite (1996), une histoire qui se déroule en Bretagne, à Port-Nicolas (un lieu imaginaire dont le modèle pourrait être le Bénodet de l'enfance de Vargas), où un nommé Gaël, victime du tueur, est qualifié de ... rêveur définitif (c'est nous qui soulignons); ou encore, celles, plus ligériennes, de Sous les vents de Neptune (2003), dont tout un épisode - une exhumation ! - se passe à ... Richelieu, cité du Cardinal (c'est encore nous qui soulignons). D'ailleurs l'assassin, dans ce volume, le bien nommé Fulgence, n'est pas sans en rappeler, à bien des égards, un autre : le Baron de Languidic, dit "Tête-de-Nègre", héros d'un roman somme toute bien policier.
Fred Vargas mérite donc, outre la reconnaissance que nous lui devons pour tous les moments heureux qu'elle nous a fait passer, le salut fraternel des membres de l'AAMF qui seraient fort heureux de la compter dans leurs rangs, à titre de membre d'honneur.

II. Objet Coup fou


Un de nos membres nous avait déjà signalé la trace occulte d'une lecture de Fourré dans les romans policiers du regretté Pierre Siniac, en particulier Ferdinaud Céline, charge au vitriol contre les milieux littéraires parisiens. Un autre Siniac, Les Casse-route, qui se passe à Rezé, près de Nantes, est l'histoire d'une revanche africaine contre les anciens négriers. Le dossier reste ouvert. En voici la première pièce.



Objet : Coup fou
De : "RS"
Date : Mon, 18 Oct 2004 22:45:43 +0200
À : "Van Doublur"
Objet : coup fou

... À la place j'ai pris "Ferdinaud
Céline" de Siniac. Commence très fort avec
l'interview par Pivot d'un duo d'écrivains:
- Jean-Rémi Dochin est né en 1950, et vous, Gastinel, en 1932.
- 32, l'année du Voyage ! exulta le gros type. - Dochin est natif de Château-Gontier, en Mayenne.
- Plus exactement de Rechangé, à 7 km de là, rectifia Dochin ...

1950 l'année de la Nuit...

Ça continue fort aussi. Dochin est né en octobre 50, le mois de la Nuit... (sic, NdR)
Rechangé n'existe pas.
Dochin est un auteur nul qui débarque au motel de Céline près d'Ussel (la
Marraine d'Ussel ?), qui voit en lui la tête de nègre idéale (inversée) pour
endosser la paternité du bouquin qu'elle a écrit à partir de ses souvenirs
de collaboration, mais qu'elle ne peut signer (...)
Comme Dochin a un manuscrit causant de la même période, elle procède à une manip
pour lui faire publier sa "Java brune" alors que lui croit que c'est son
propre manuscrit qui est publié.
Lorsqu'il se rend compte du truc, il repart dans ses nullités polardeuses
antérieures pour écrire ... "Coup fourré au Val Fourré" ...
Et un chapitre est intitulé "Le manuscrit de Julien Gracq"...
et il y est pas mal question des "révélations" que fait Céline, âgée de 73 ans
lors de leur rencontre, de 77 à la publication de la "Java". Céline est née
un 27 décembre (1918), la date à l'opposé du 27 juin de Momo (Maurice Fourré, NdR)
Siniac date son oeuvre du 26 juin au 27 décembre 95.
Ça serait pas mal qu'il y ait des vrais fourréens qui se penchent là-dessus ...