Une source inattendue de La Marraine du sel ?

Ayant pris connaissance des découvertes qu’il avait lui-même suscitées, Jacques Simonelli nous a fait parvenir, sur les deux textes qui précèdent …


… QUELQUES RÉFLEXIONS


Après étude attentive des trois couples de mariés qui nous occupent, il serait difficile de soutenir que les mariés de cire des chapitres  Cires virginales/Mousseline/Le Baiser solaire  de La Marraine du Sel soient sans lien avec ceux d’Il fait chaud! ni avec Les Mariés de la vitrine.

Dès leur présentation, ceux de 1914 sont situés « au centre de la devanture », « à la clarté de la lune », et ceux de Richelieu « installés au centre de la vitrine, face au soleil ». Dans les deux cas, c’est la lumière de l’astre mentionné qui leur sera fatale (voir dans les Mariés : « …la lune éclatante qui donnait à cette scène un aspect vraiment fantasmagorique »).

Fourré nous a habitués à toujours considérer soleil et lune dans leur complémentarité (voir le Rose-Hôtel), et le soleil est bien présent dans le récit de Larrubiera, porté par le « clown au soleil riant », soleil inversé (postérieur, sur la culotte de soie bleue) et menaçant (le « rire » de l’astre a toujours eu dans les mythes et légendes une valeur inquiétante, souvent castratrice). C’est d’ailleurs ce clown, resté indemne à la fin du récit, qui en tire la méchante leçon.

Les portraits des trois couples sont pleins de détails équivalents et interchangeables (moustache retroussée, claque ou smoking, gants, voile de dentelle, fleurs d’oranger, étreinte furtive des mains …).

Il y a encore dans le récit espagnol les traits carnavalesques (cymbales, piano, voix, cris, sifflements, cloches …) qui font penser aux deux orchestres, celui d’Il fait chaud , et l’autre, fâcheusement physiologique, de Mousseline. Les « douze tintements qui vibrèrent harmonieusement à l’un des cadrans du magasin » ne sont pas non plus sans faire pressentir : « quand les douze coups eurent clôturé leur déchirante politesse de tinter », page 38 de La Marraine.

Et Clair Harondel est, pour un tiers de son activité, représentant en jouets : page 114, il est question de l’un d’eux, un diable sortant d’une boîte, qui évoque le Méphistophélès du Conte d’Anjou et d’ailleurs. Lui-même joue d’un sifflet d’enfant.

En somme, et compte tenu de bien d’autres rapprochements possibles (le Mysterium conjunctionis est au centre de toutes les fictions fourréennes), il me paraît peu vraisemblable que Fourré, qui était certainement abonné à L’Angevin de Paris, ne serait-ce que pour conserver ses appuis provinciaux, ait écrit les passages des trois chapitres cités de la Marraine du Sel en toute ignorance des Mariés de la vitrine.


Jacques Simonelli