ÉCHOS ET NOUVELLES

Alain-Pierre Pillet

Adieu au marquis


Alain-Pierre Pillet


Né en 1947 à Genève et décédé brutalement le 17 décembre 2009, Alain-Pierre Pillet était membre de l’association des amis de Maurice Fourré depuis le tout début. Il a publié sous le titre de Watt Mer, trois recueils d’aphorismes aux éditions Syllepses (le dernier en 2003 ; un quatrième volume reste inédit), illustrés par Jacques Monory, et qui ont fait l’objet d’une adaptation théâtrale à Genève en 2006. Le personnage de Watt Mer, intervenant toujours à contretemps et prenant à contre-pied ce qui se complaît à l’être, tenait beaucoup de son auteur.

Alain-Pierre Pillet avait fondé les éditions Îles Célèbes, où il avait notamment publié Bombardier géant du rêve noir en 1980, André Breton à Venise en 1984 et, la même année, Lettre à André Pieyre de Mandiargues. Ses différents ouvrages ont été illustrés par Jean Terrossian, Hervé Télémaque, Robert Lagarde, Sergio Dangelo …

Il a participé à de nombreuses revues se référant au surréalisme ainsi qu’aux activités de la banalyse dans les années1980. Ses amis conserveront le souvenir des nombreuses cartes postales qu’il leur adressait, portant des messages aussi laconiques qu’ambigus, voire des extraits appropriés de G. Simenon, un de ses auteurs de prédilection. Son dernier projet était l’exploration systématique des préfectures de département.


Ce n’est ni avant la vie, ni après la mort qu’il se demande

S’il y a quelque chose.

C’est sous les pieds.

(Watt Mer vol III)


Stéphane Mahieu


Adieu au marquis


Peut-on rêver patronyme plus fourréen que celui de Goulaine ? Adresse plus fourréenne que celle du Château de Goulaine, à Haute-Goulaine (Loire-Atlantique) ? Activité plus fourréenne que celle d'élever de « gracieux muscadets » parmi … les papillons ?

C’était tout cela, Robert de Goulaine. Et aussi un membre fidèle de l'Association des Amis de Maurice Fourré. À l'instar de Fourré, Robert de Goulaine avait été découvert par Julien Gracq, qui, en 1992, l'avait encouragé à publier son premier roman (tardif, là encore), Le Dernier ange (Critérion) : né en 1933, il frisait alors la cinquantaine, et, succédant à celles de la vie parisienne, les exigences de la gestion du domaine familial ne lui avaient pas laissé jusque-là le loisir de céder à sa vocation première. Devenu écrivain, il a fait de Goulaine un lieu de rencontres pour écrivains et artistes, que Renaud Camus visite dans le second volume de ses Demeures de l'esprit (Fayard).

Il est mort d’une longue maladie, comme on dit, au début de cette année, à l'âge de soixante-seize ans. Nous n’aurons pas eu le temps de le connaître, de venir le voir à Goulaine, comme il nous y invitait si chaleureusement, il y a quelques mois à peine, au téléphone : au milieu de tous les soucis de sa maladie, il nous avait appelés pour savoir s’il était bien à jour de sa cotisation … oui, il était comme ça, Robert de Goulaine.

Il nous avait envoyé son dernier roman, Tant et si peu (éditions du Rocher, 2008), hommage à un roman alors encore anonyme, Madame Solario, avec une dédicace que nous nous plaisons à reproduire ici.