Quai des Luisettes

Un de nos précieux correspondants d’Angers, Jean-Pierre Saulnier, érudit et collectionneur, nous a communiqué en détail les résultats de ses recherches, sur l’importante entreprise qu’était la quincaillerie Fourré, et aussi sur l’évolution du paysage, si fondamentalement fourréen, du quai des Luisettes, devenu quai Gambetta, que l’écrivain a habité jusqu’à sa mort en 1959. On y découvrira notamment la liste des bateaux-lavoirs qui y étaient amarrés en permanence : elle constitue en elle-même un poème qui aurait pu à bon droit figurer dans les pages du Rose-Hôtel ou du Caméléon … C’est aussi pour faire découvrir au lecteur ce quai des Luisettes, tel qu’il était dans l’enfance de Fourré, que nous avons reproduit ci-après le bel en-tête de la société Cointreau, dont les bureaux existaient encore, il y a peu, au même endroit (peut-être y sont-ils toujours ?)

C’est aussi à J.P. Saulnier que nous devons la magnifique photo du quai des Luisettes vers 1870, qui orne la couverture de ce numéro 23 de notre bulletin. Elle est l’œuvre de Gaspard Berthault, sur lequel il nous donne les informations suivantes : Gaspard Berthault (Angers, 1829 – Paris, 1900), installé au 10, place du Ralliement, peintre en décors. Il se fait connaître dès 1853 par ses portraits en daguerréotypes, puis, en 1855, ouvre à cette adresse un atelier spécialement aménagé, à l’enseigne Aux Statues de Daguerre. En 1858, il expose trois vues d’Angers à l’exposition « quinquennale agricole, industrielle et artistique » (tout un programme !) (…) En 1872, il s’associe à son fils Fernand, et cesse son activité en 1880. (Catalogue de l’exposition Mémoires d’objectifs, Angers, 1858-1918, Musée des Beaux-Arts d’Angers).

Il nous plaît de débuter cet article, qui nous a été transmis sous forme de lettre, par l’en-tête (un peu abîmé, mais encore très beau) d’une facture de la maison Fourré, datée du 13 avril 1926 : c’est, à peu de choses près, le moment précis où Fourré, âgé de cinquante ans, revient, au terme de sa vie professionnelle, « vivre avec ses parents le reste de son âge », et entreprendre l’œuvre que l’on sait.

Angers, le 13 novembre 2009

Monsieur,

Suite à mon appel téléphonique, je vous envoie les photocopies des différentes factures anciennes de la quincaillerie Nau, Jallot, Fourré et Cauvin (1887) et successeurs jusqu'à la date de 1926. Ces factures anciennes, que je collectionne depuis plusieurs années, permettent de reconstituer l'histoire de ces anciennes fabriques et commerces d'Angers.

En plus, j'étudie l'évolution de leur graphisme. Ainsi, pour certaines factures de la même maison, il existe 5 à 6 dessins différents de l'immeuble avec son environnement proche (par exemple la maison Cointreau, quai Gambetta, la maison Marten, spécialisée dans le bouchon, rue de la Roë). Malheureusement pour la Maison Nau, Jallot, Fourré et Cauvin, je n'ai pas pour le moment de facture avec un beau dessin pouvant représenter la quincaillerie.

Cependant je vais continuer mes recherches auprès d'amis cartophiles angevins qui ont de belles collections sur Angers.

Je vous communique également les résultats d’une recherche que j'ai faite dans le livre de Christiane Oghina-Pavie, Chambre avec vues (200 ans d'histoire économique de l'Anjou 1804-2004) :

Membres de la Chambre de commerce d'Angers (1855-1960).

- Petiteau, Jean. Dates de mandat : 1943-1954. Activité : Quincaillerie. Adresse commerciale : Angers.

Dans l'Annuaire statistique, administratif et commercial de Maine-et-Loire pour l'année 1914, j'ai retrouvé plusieurs noms qui peuvent vous intéresser :

Ainsi, page 262, la liste des habitants par rues :

Gambetta (quai), commence boulevard Ayrault et finit place Molière, Canton S-E, 1er arrondissement :

- N° 23, Petiteau, négociant.

- N° 34-35, Cointreau, Edouard, distillerie

Côté de la Maine :

- Bureau d'octroi, au pont de fonte

- Brohan, Louis, receveur d'octroi

- Rousseau, bat-à-laver l’Union.

Bateaux à vapeur :

- Le Raoul (pour Épinard), à M. Pineau, à Épinard

- Marie-Georgette (Écouffant), à M. Gallet

- Pontons et bureaux des bateaux à vapeur

- Les Hirondelles1 pour la Pointe et Château-Gontier

Bateaux-lavoirs

- Angibaud Vve, quai Gambetta

- Cadiau B., Le Saint-Désiré

- Bideau, René, Le Saint-Maurice

- Gandin, Angibaud

- Lane, Le Saint-Charles

- Vaslin Vve, Le Moulin à paroles

- Gaboriau, Paul : ….

- Duchesse, Félix, L'Ange gardien et Désiré

- Le Mée, Le Saint-Jacques

- Robert, Le Saint-Mathurin


p. 482 : Commerce et professions

- Quincaillier (en gros) : Fourré, Poupart, Petiteau et Moreau, rue Thiers, 22-24


p. 550 : Dans la liste alphabétique des habitants d'Angers

- Fourré, Poupart, Petiteau et Moreau, quincaillerie en gros, rue Thiers, 22-24


Annuaire statistique de Maine-et-Loire pour l'année 1876 (92ème année), Angers. Librairie de P. Lachèse, Belleuvre et Dolbeau, 13, chaussée St-Pierre

p. 376 : Nau, Deschamps et Jallot, quincaillerie en gros, rue Royale 27

p. 354 : Jallot, Alfred, négociant, rue Royale 27

p. 329 : Deschamps, Louis, quai des Luisettes

p. 291 : Commerces d'Angers : Quincailliers Nau, Deschamps et Jallot, rue Royale.

p. 338 : Fourré-Nau, quai des Luisettes


1871

p. 272 : Quincailliers : Nau et Bricard, rue des Luisettes

p. 350 : Nau, Deschamps et Jallot, quincailliers en gros, r. Royale.


1868

p. 291 : Quincailliers : Nau et Bricard, r. des Luisettes.

p. 350 : Nau, Deschamps et Jallot, quincailliers en gros, rue Royale.

p. 335 : Fourré-Dureau, maître de bateau à laver, rue des Terras.


1853

p. 256 : Quincailliers : Nau, rue Bourgeoise.


Dans l’annuaire 1935 de la Société amicale de secours des anciens élèves de l'École polytechnique

p. 102 : Liste générale des promotions 1892. Admis : 252

Petiteau, Cap. G., dessin industriel, 31 rue St-Evroult, à Angers.


(…)

Je vais continuer mes recherches en photographies et cartes postales anciennes du quai Gambetta. Pour l’instant, j’ai une très belle photographie de Gaspard Berthault représentant la Maine, les bateaux, le quai des Luisettes, la tour Saint-Aubin, la cathédrale et le début du quai Ligny. (…)

Je vous remercie beaucoup de m’avoir fait découvrir Maurice Fourré lors de notre rencontre à Paris.

(…)

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

Jean-Pierre Saulnier