L'aventure de Melle

Quelques précisions …

sur le paysage politique au moment de « l’aventure de Melle »


Gaston Deschamps fait partie de la nébuleuse de l'Alliance républicaine démocratique (il siégera après son élection de 1919 dans le groupe des Républicains de gauche). Cuny, autre patron de Fourré, siège de 1910 à 1914 avec la Gauche radicale (comme Rougier, élu contre Deschamps en 1910).

Les fréquentations de Fourré se trouvent dans le camp “progressiste”, opposé aux antisémites, et partisan d'avancées sociales (évidemment bien timides). Le partage se fait surtout à l'époque entre les républicains et la réaction, celle-ci allant des monarchistes (nous sommes en terre de Chouans) aux cléricaux et aux nationalistes antidreyfusards *.

Quelques mois après l'incident de Melle, Fourré est garçon d'honneur, à Niort, au mariage de Madeleine Mercier, fille du directeur du Mémorial des Deux-Sèvres et de George Schwob, fils de celui du Phare de la Loire, neveu de l’écrivain Marcel Schwob et frère de Lucy Schwob, la future Claude Cahun, la grande photographe surréaliste. Les deux journaux sont des soutiens importants des républicains. Gaston Deschamps assiste à la noce, ainsi que le ministre Millerand, venu des rangs socialistes, et partisan (comme Deschamps) de la révision du procès Dreyfus en 1898. Il s'agit d'un centre-gauche réformiste, laïque, opposé aux nationalistes, distinct des radicaux-socialistes dont il fut souvent partenaire, et hostile à ceux des socialistes qui n'écartent pas la voie révolutionnaire.

* C’est de ce terreau réactionnaire, auquel appartenait aussi René Bazin (son premier « patron »), qu’est issu Fourré, et l’épisode qui va suivre donne une idée du chemin parcouru, et de l’évolution politique d’un Fourré ici âgé de trente-quatre ans. (NdR)


L’Aventure de Melle 

 

20 mars 1910

Le jour où Maurice Fourré faillit être lynché…


« - - - 1910  élection effort

                                    aventure électorale

                          dans la férocité - ------- réussite

                                                           épanouissement de

                                                             soi – »

(Maurice Fourré, cahier préparatoire à Fleur-de-Lune, 1958)

Dans ces « glyphes » fourréens préparatoires à un roman inachevé, Fleur-de-Lune, les mots ne servent pas à retranscrire, ils retiennent le débordant contenu, l’endiguent à fin de le garder, en une sorte d’écriture à la fois scénographique et sténographique qui est plus un acte, non d’avivement de la mémoire, mais de confinement de celle-ci en attendant que vienne le temps de l’écrit véritable. Or ce temps n’a pas eu lieu, mais les traces sont restées et, à partir de cette date apparemment énigmatique, 1910, l’on parvient à comprendre ce que recèlent de « féroce » réalité les termes, qui pourraient sembler, dans un usage romanesque, anodins, alors qu’ils concentrent en eux toute la violence d’une époque …

En ce début de siècle, alors que les tourmentes de la guerre à venir ne saturent pas encore les Unes de leurs typographies hallucinées, les partis politiques se livrent à des luttes sans merci et parfois fratricides. C’est le cas du Parti républicain, jusqu’en ses déclinaisons locales, ses arborescences départementales, afin que les notables locaux puissent imposer leurs personnes, et accessoirement leurs idées, en des joutes préfigurant les élections : une sorte de « primaire » aussi excessive que celles que nous connaissons aujourd’hui.

Dans l’arène du congrès mellois, à l’aile droite du Parti républicain, « … faisant chorus avec la réaction et la ménageant systématiquement… », selon le Radical des Deux-Sèvres, est campé Gaston Deschamps, homme de lettres, helléniste, critique littéraire du Temps.

Il est aussi le créateur de ce tout nouvel organe, le journal l’Avenir républicain si décrié dans des articles parfois signés par le chroniqueur du Radical, tel Jérôme Paturot (1), mais plus généralement la vindicte ou la haine se réfugient sous d’improbables pseudonymes : « Populo », « l’Avisé », pour mieux s’exprimer.

Du même bord, mais à l’aile gauche, son désormais récurrent ennemi, le député sortant Ferdinand Rougier, industriel, propriétaire d’une filature à Salles (79), soutenu par le sénateur Léopold Goirand (2).

L’enjeu : obtenir par le jeu de dupes d’un « vote de confiance », l’aval des congressistes pour la circonscription melloise. C’est dans cette atmosphère électrique, face à un public presque entièrement acquis au parlementaire en exercice (il y eut 611 votants, 604 votes exprimés ; Rougier obtint 595 voix, Gaston Deschamps, 9) qu’intervient « l’aventure électorale » où Maurice Fourré faillit être lynché par une foule courroucée.

Émile Prosper Ferdinand Rougier, né le 27 juin 1855 à La Mothe-Saint-Héray (Deux-Sèvres), mort le 15 novembre 1936, toujours à La Mothe-Saint-Héray. Député des Deux-Sèvres de 1902 à 1914. Il se présenta aux élections législatives des 27 avril et 11 mai 1902 dans la circonscription de Melle. Sur 23.847 inscrits et 20.918 votants, il rassembla 11.386 suffrages contre 9.293 à de La Chevrelière. En 1906, les 6 et 20 mai, il réunit 12.606 voix contre 3.679 à Nicolle et 3.387 à Condé, sur 23.743 inscrits et 19.737 votants. Aux élections des 24 avril et 8 mai 1910, sur 23.511 inscrits et 19.987 votants, il eut 10.269 voix contre 9.206 à Deschamps. Il ne se représenta pas aux élections générales en 1914.

Ferdinand Rougier faisait partie de l’Association amicale des républicains des Deux-Sèvres à Paris, La Fouace, dont Gaston Deschamps était Président et … Maurice Fourré secrétaire !

Gaston Deschamps, né à Melle le 5 janvier 1861, décédé à Paris le 15 mai 1931, ne fut élu député des Deux-Sèvres pour le Bloc national qu’en 1919. Inscrit au Parti républicain démocratique et social, il sera conseiller général du canton de Melle de 1914 à 1922.

Maurice Fourré a rendu compte de ces évènements dans un article (3) publié dans un numéro hélas introuvable de l’Avenir républicain et pour lequel nous ne disposons que d’un extrait publié dans le Mémorial des Deux-Sèvres en avril 1910, cependant très significatif de la violence de cette rencontre. Il est vrai que le congrès ayant lieu sans la présence du honni Deschamps, son représentant, en la personne de son rédacteur en chef, prenait quelques risques …

 … Secrétaire littéraire et politique de Gaston Deschamps, j’ai fait avec lui une longue campagne électorale dans l’arrondissement de Melle en 1910 (Union des éléments modérés), en assumant la rédaction d’un petit journal de combat (4) …  (Maurice Fourré)

Le Radical des Deux-Sèvres souhaite la bienvenue à l’Avenir républicain, mais dès le 13 janvier, dans un article intitulé : « Un nouveau journal – Beaucoup de mots – Encore plus de prétentions – Et rien d’autre », il s’emploie à ruiner la légitimité de la candidature de Gaston Deschamps.

Les rapports remis à la préfecture considèrent que le journal modéré l'Avenir républicain ne durera que le temps de l'élection de Gaston Deschamps et que « son tirage baissera si le nombre de ses abonnés n'augmente pas »  (sic !). Soit un tirage de 500 au début, 1300 ensuite.


Rougier vint chauffer la salle…


Rougier vient en effet chauffer la salle et attiser un feu que le Radical de l’Ouest (qui curieusement ne fit aucun commentaire sur ces échauffourées), ainsi que La Gazette des Deux-Sèvres entretenaient depuis longtemps déjà. Ces journaux ne laissaient jamais passer la moindre occasion de mettre en exergue les incuries réelles ou supposées de Gaston Deschamps, en première page, et de les reprendre longuement dans les informations locales. Tout y passe, de ses prétentions épistolaires usurpées : «… son style ampoulé et prétentieux. », à ses talents de critique littéraire surfaits (n’a-t-il pas dénigré Zola !), son ambition démesurée (« grenouille voulant se faire plus grosse que le bœuf ! »), son échec à la Sorbonne, son incompétence supposée en politique … etc, etc.

Enfin, ultime outrage, ne vient-il pas de créer son propre journal au sous-titre ronflant « d’organe démocratique des Deux-Sèvres » ? C’est effectivement par le biais des critiques contre son journal, que se focalisent les rancœurs, et même pire : une véritable haine contre Gaston Deschamps.

Qu’on en juge :


Arrondissement de Melle, MODESTIE :


ENFIN! Grâce au ciel et à M. Gaston Deschamps, Les Deux-Sèvres ont un nouvel organe ; le besoin s’en faisait probablement sentir et nous nous demandons pourtant à quelle fonction, non encore satisfaite, ce nouvel organe pourrait bien servir… Quand je fonderai mon journal je compte bien profiter de cet exemple et l’intituler, afin que nul n’en ignore : Organe de l’Univers…  (Le Radical des Deux-Sèvres, jeudi 13 janvier 1910)


UN NOUVEAU JOURNAL – Beaucoup de mots – Encore plus de prétentions – Et rien d’autre :


 Il est enfin paru, le grrrand journal de la démocratie des Deux-Sèvres, ce fameux Avenir républicain qui déjà prétend détenir le monopole de la tolérance, de la vertu et de l’esprit. Et vous pauvres petits journaux locaux, feuilles vulgaires et sans éclat, vous n’avez qu’à vous bien tenir. Dans une déclaration écrite sur un style ampoulé et prétentieux, M. Gaston Deschamps qui s’est mal dissimulé sous cette signature : la rédaction, clame à tous les échos sa résolution de pourfendre les « agitateurs malfaisants et les spéculateurs véreux »/ Dans une phrase longue d’un kilomètre, il formule un programme qui n’est qu’un assemblage de mots sonores … (Le Radical des Deux-Sèvres, jeudi 13 janvier 1910).


On comprendra aisément que dans une telle ambiance, la rencontre des éléments en présence n’ait pu être qu’explosive !

Le congrès républicain de Melle ressemble davantage à une séance politicienne de plébiscite et d’auto-persuasion, qu’à une véritable confrontation de candidats concurrents. Se reproduit, avec Rougier et Gaud dans les mêmes rôles, un scénario quasi identique à celui du congrès de Melle en 1906. Gaston Deschamps n’y apparaît même pas, n’est pas venu défendre son point de vue. A-t-il refusé de participer à cette mise en scène ? Oui, puisqu’il arpentait justement le département des Deux-Sèvres les jours précédents! Si Deschamps n'était pas au congrès, c'est simplement qu'il ne pouvait pas y être, puisque ce rassemblement ne se tenait que pour rejeter sa candidature et que les jeux étaient faits d'avance comme l'indique Le Mellois dans l’article reproduit ci-dessous :

Gaston Deschamps, Maurice Fourré le rappelle dans son article « Après le congrès », ne reconnaissait comme seule légitime que la voix des urnes, exprimée par le suffrage universel et non par le biais de délégués mandatés par les "barons" locaux  du parti. Il refusait de reconnaître l’autorité des instances du parti, s'en remettait au verdict démocratique, et disait non à la « boîte » remplie par des manipulateurs. Seul Ferdinand Rougier eut donc, en fin de compte, le privilège de présenter sa candidature. Le docteur Gaud (2), maire, conseiller général et président du Comité républicain de l’arrondissement de Melle, ouvre la séance en dénonçant les agissements d’un journal nouveau : L’Avenir républicain de Gaston Deschamps et, c’est probablement dès cet instant que l’on peut chronologiquement situer le début des débordements à l’encontre de Maurice Fourré. Les orateurs se succédant, exacerbent la vindicte contre Deschamps, la focalisent sur son émissaire.


A row of dragons advancing

Staring once at the red eyes across the river,

He conceived them to be growing larger,

As the orbs of a row of dragons advancing …

(Stephen Crane, The red badge of courage)


Ce ne fut certes pas un épisode de la Guerre de Sécession, mais ce que décrit Maurice Fourré, avec un détachement probablement rétrospectif, c’est la montée de cette haine terrifiante des foules que rien ou presque ne peut réfréner.

Il est pourtant venu dûment accrédité, après avoir demandé une invitation officielle auprès des organisateurs du congrès. Ce qui aurait dû lui valoir – du moins le pensait-il, sans doute – certains égards, ceux que l’on accorde aux journalistes, la liberté de pouvoir rendre compte, ce qu’il appelle avec une certaine emphase : « son devoir de lumière ».

Après Gaud vint Rougier. La salle exultait, la fureur envers Deschamps croissait de minute en minute. Ferdinand Rougier donna l’estocade, certes sans évoquer nommément Deschamps, mais en rappelant, plus judicieusement, son propre bilan dans les Deux-Sèvres depuis huit ans. Édouard Gaud, qui avait fait installer une table et des chaises pour les représentants de la presse, intervint à trois reprises afin de : « calmer les plus excités ». (6)

Georges Cadier, rédacteur en chef de La Fraternité, qui réclamait un peu de tolérance, fut également conspué (les exemplaires de La Fraternité rendant compte du congrès font malheureusement partie des lacunes des Archives départementales des Deux-Sèvres). Par la suite, devant la multiplication des demandes d’insertion de « droits de réponse », le journal s’est refusé à évoquer plus avant « l’Aventure de Melle » (7).

  On imagine sans peine le spectacle, Maurice Fourré relégué au pied de la tribune, ce maigre service de presse, cet unique représentant de la fraction hostile du parti, subissant, à chaque fois que l’on hue le nom abhorré de Deschamps, la vindicte populaire allant crescendo, à mesure que l’on évoque les innombrables failles de son mentor. La première rangée souffle et gronde, face à cet homme seul et muet, elle s’enhardit des débordements et des cris du second rang qui la pousse, et les plus éloignés qu’offusque le silence coupable du rédacteur, l’injurient, menacent de lui faire subir le sort qu’ils ne peuvent infliger à son maître supposé.

À ce moment, les cris, les interpellations, les appellations injurieuses se multiplient. Une foule en quadruple et quintuple rang se bouscule autour de la table à laquelle est assis le représentant de la presse et du public. Les insultes les plus grossières lui sont dites sans qu’il dévie un seul instant de son ferme propos qui est de se taire et de rester à son poste jusqu’à la fin de la réunion… 

(Maurice Fourré)

Mais la menace devient si vive que, cerné, le représentant de la presse toute entière est obligé de se lever, sans doute afin d’éviter les coups et, sans déserter son poste, se tenir debout sous le havre précaire d’une tribune tout aussi inhospitalière, raidi dans sa volonté de mener à bien sa noble mission, quel qu’en soit le prix. Enfin, alors que seuls quelques isolés flétrissent l’attitude menaçante de certains énergumènes, au bout d’une heure interminable, Édouard Gaud lui-même, vient, selon ses dires, calmer les plus excités.

 Les insultes continuent. Nous n’avons pas à les répéter, ne voulant pas étaler ces turpitudes sous les yeux de nos lecteurs. Les attaques se font plus injurieuses, plus grossières… Le représentant de la presse, entouré par quelques énergumènes qui deviennent menaçants parce qu’il ne répond rien, est obligé d’abandonner sa table. Mais rien ne lui fera quitter son poste. Debout contre la tribune, il prendra du mieux qu’il pourra les notes nécessaires pour renseigner le public. Et encore là pour qu’il puisse accomplir son devoir de lumière… il fallut l’intervention d’un délégué …

(Maurice Fourré)

« Détestables mœurs politiques… » titrait La Revue de l’Ouest du jeudi 24 mars 1910, citant Le Mémorial du 22 mars 1910.

Édouard Gaud se défendit cependant avec véhémence et non sans humour, dans sa réponse aux accusations du Mémorial qui lui reprochait d’avoir, dans son discours : « très imprudemment, sinon avec préméditation, exalté les passions politiques… ».

… Ainsi donc, en plein XXe siècle, dans une cité d’ordinaire avenante et hospitalière, derrière des portes solidement barricadées aux frais des contribuables (bien entendu) et sévèrement gardées par des sbires armés jusques aux dents, j’ai, moi, président du Comité républicain de l’arrondissement de Melle, au moyen d’un sauf-conduit signé de ma propre main, et tandis que dans les quatre coins de la salle se dissimulaient quelques spadassins en manteau couleur de muraille, traîtreusement attiré sous les halles de Melle, le rédacteur de l’Avenir républicain !

Et là, au moyen d’une de ces harangues enflammées (dont j’ai seul le secret) contre cet infortuné journaliste venu là sur la foi des traités et n’ayant pour toute armée défensive qu’un pauvre petit crayon de deux sous, j’aurais excité une foule de 600 personnes altérée de sang et de carnage ! Si bien que – tel Orphée aux mains des Bacchantes – il s’en est fallu de peu que M. Fourré ne vint augmenter la liste déjà si longue des victimes du devoir et que ses membres déchirés et pantelants ne devinssent la proie des bêtes fauves très communes en ce pays … Tout cela par ma faute !... 

Ces précisions ne mirent cependant pas un terme aux échanges, par journaux interposés, d’insultes, insinuations, menaces, dénigrements, et de quelques noms d’oiseaux inconnus sous le climat des Deux-Sèvres. Gaston Deschamps et la rédaction de l’Avenir républicain ne semblent cependant pas avoir tenu rigueur à Édouard Gaud, puisqu’à l’occasion de son décès soudain, le journal publiera en première page, le dimanche 21 décembre 1913, un article élogieux, mais aussi plein de nostalgie à l’égard d’une amitié fourvoyée dans des chemins sans issue :

… Toutes ses qualités qui, dans une élite sociale auraient trouvé leur place et donné leurs fruits, étaient, au contraire dépaysées dans le singulier milieu politique où le maire de Melle s’était aventuré pour son malheur. Il était trop intelligent, trop indépendant pour réussir en cette mêlée d’intérêts mesquins et de vulgaires appétits ou toutes les prédilections instinctives vont aux médiocrités méchantes et jalouses. Il meurt excommunié, lui aussi, par les inquisiteurs qui, d’anathème en anathème, voudraient exclure de la République les Républicains eux-mêmes. Avant de mourir, le pauvre docteur Gaud a été traité, lui aussi de « réactionnaire » et de « clérical » !

La conclusion de ce tumultueux épisode revient à Maurice Fourré dans son article intitulé : « Après le congrès » évoquant, le 3 avril 1910, les conséquences de pratiques antidémocratiques, dénonçant les manipulations autocratiques et, plaçant cependant sa confiance dans  la souveraineté du suffrage universel :

 La décision du congrès n’a produit aucune impression sur le corps électoral. Le suffrage universel aura toujours, quoi qu’on fasse pour l’impressionner, le sentiment de sa force souveraine : et jamais les suggestions d’une minorité ne parviendront à le mener là où il ne veut pas aller.

Dans l’espèce, il manquait au congrès le prestige que peut donner un recrutement large, ouvert et libre ; il lui manquait en un mot que sa source fut près du suffrage universel. Et certains patronages ; certaines manœuvres avaient achevé de lui enlever l’autorité pour qu’il représentât une force réelle devant l’opinion … … On subissait sans entrain le candidat de M. Goirand. Et pouvait-il en être autrement ? Le député sortant n’a pas travaillé d’une manière convenable. On a dans le pays le culte trop réel du labeur ponctuel et probe pour n’être pas sensible au sentiment de réprobation qui monte de toutes parts. Bon gré, mal gré, on rejettera un homme qui n’a pas rempli son mandat ; la mollesse avec laquelle l’a accepté le Congrès montre qu’il est rejeté déjà.

Et maintenant, la parole est au suffrage universel. 

Maurice Fourré .


Philippe Landreau


Principaux journaux cités dans ces pages

Le Radical des Deux-Sèvres (et de l’Ouest) : journal politique, agricole et commercial, est paru de mars 1908 à août 1912.

Le Mémorial de l’Ouest est paru de janvier 1836 à août 1944

Le Mellois : journal politique, littéraire, agricole, commercial, d'avis divers... est paru de mars 1854 à août 1944

La Fraternité : journal hebdomadaire de propagande républicaine, organe coopératif de la démocratie poitevine, est paru sous ce titre de novembre 1904 à juin 1942, puis est devenu La Concorde. Ce journal existe toujours.

L’Écho des travailleurs de l’Ouest (1902-1921) ; (L’Écho des Deux-Sèvres, 1884-1901) ; (L’Écho de l'Ouest,1924-1940). Journal républicain socialiste paru de juin 1885 à juin 1940.

La Gazette des Deux-Sèvres : journal hebdomadaire, politique agricole et littéraire, parution de 1887 à 1915 et en 1919.

La Revue de l’Ouest : parution de février 1835 à septembre 1913


1- Il reste d’ailleurs à prouver que ce chroniqueur existait bien, puisque son patronyme, s’il est répandu en Deux-Sèvres, apparaît dans un roman de mœurs de Louis Reybaud, critiquant le système économique sous la Monarchie du roi bourgeois de juillet.

2- Léopold Goirand, né le 7 janvier 1845 à Melle (Deux-Sèvres), décédé le 26 juin 1926 à Paris. Député des Deux-Sèvres de 1887 à 1898. Sénateur des Deux-Sèvres de 1906 à 1920. Précurseur de la première loi sur la parité homme-femme et l’un des fondateurs de la Gazette du palais. Il est également le fondateur de La Gazette des Deux-Sèvres en 1887 (publication suspendue en 1915, reprise en 1919, avant sa disparition la même année).

3- Courrier de l’Ouest, 24 juin 1955, publié dans la revue Fleur de Lune, n° 18, 2007.

4- L’Avenir républicain, organe démocratique des Deux-Sèvres. Le premier numéro disponible aux Archives des Deux-Sèvres est le n°13, daté du 3 avril 1910. (Le journal paraissait les dimanches). En première page se trouve le seul article connu signé de Maurice Fourré intitulé : « Après le congrès » (voir document ci-après.) Le dernier exemplaire publié est le n° 225, du mois de mai 1914. Maurice Fourré est rédacteur en chef jusqu’au n° 79 du dimanche 9 juillet 1911. Le premier numéro du journal est paru le 9 janvier 1910.

5- Le docteur Louis-Édouard Gaud occupe provisoirement le poste de maire de 1909 à 1913, en absence de Théodore Girard, avoué puis juge suppléant au tribunal civil de Melle, ministre de la Justice du 3 novembre 1910 au 2 mars 1911 dans le gouvernement Aristide Briand. Maire de Melle de 1884 à 1909, puis de 1913 jusqu’à sa mort en 1918. Il fut également Sénateur des Deux-Sèvres de 1895 à 1918.

6- Article publié dans le Mémorial des Deux-Sèvres du 31 mars 1910, comportant une lettre, en guise de droit de réponse, d’Édouard Gaud réfutant les allégations du Radical des Deux-Sèvres dans son article du 22 mars 1910, sur les violences faites au représentant de L’Avenir républicain lors du congrès républicain de Melle. Le Mémorial de l’Ouest prit fait et cause pour Maurice Fourré. (Rappelons que MF a été garçond'honneur au mariage de Madeleine Mercier, la fille du directeur du Mémorial, (Cf Mémorial, article du 6 octobre 1910), cette mise au point relevait donc de l’amitié, mais également de la défense du journaliste.)

7- Le journal La Fraternité  a été fondé à Lezay par le pasteur Georges Cadier et un libraire radical-socialiste, Honoré Canon. Devenu aujourd‘hui La Concorde, organe hebdomadaire de la démocratie poitevine, diffusé à 4.500 exemplaires dans les neuf cantons du Saint-Maixentais et du Pays mellois. À l'époque de sa création, La Fraternité est un journal militant, marqué par une triple influence, le protestantisme, le radicalisme et la franc-maçonnerie. Honoré Canon était un proche de Jaurès, mais il s'opposait aux socialistes en préférant La Fraternité des classes à la lutte des classes. (Éric Gautier, Président du Conseil général des Deux-Sèvres)