La Marine du Sel

Je crois moins sentir en Jules Verne le poète des mécaniques nouvelles et de déplacement voyageur qu'un poète hanté de poésie cosmique.

Maurice Fourré

Revue Arts et Lettres, numéro spécial consacré à Jules Verne sous la direction de Michel Carrouges et Michel Butor (n° 15, année 1949)

Reproduit par Jean-Pierre Guillon dans le numéro IX de la revue Mélusine (février 1990) avec deux lettres de Fourré à Mme Guillon-Verne, petite-nièce de l’écrivain, datées de 1950 et 1951


Un après-midi de dimanche pluvieux qui rendait insuffisamment aimable le vagabondage automobile parmi la solennelle et dénudée campagne richelaise, nous nous étions réfugiés, Mariette et moi, dans la bibliothèque cylindrique de M. Allespic, au fond du jardin mouillé. J'avais ouvert un livre de Jules Verne, Cinq semaines en ballon. Oublieux de tout ce qui m'entourait dans l'enivrement retrouvé d'une lettre de mon enfance, je suivais comme un petit garçon enthousiaste le poète des mécaniques nouvelles et du déplacement voyageur, l'étrange visionnaire hanté des immensités de la poésie cosmique.

Maurice Fourré, La Marraine du sel (Gallimard, 1955)


Pour obtenir une bonne vue d’ensemble de cette histoire, un voyage en ballon fut carrément décidé. L’AMIPA (Association pour le développement et la pratique de l’Aérostation en Midi-Pyrénées) prêterait matériel et aérostiers, Monsieur et Madame Thomas, et Jean-Paul Agar pour le premier équipage, Messieurs Guy et Jean-Claude Furgate pour le deuxième. Divers organismes et offices de tourisme organiseraient cette aventure d’art contemporain. En outre, des voyages de presse seraient effectués dans un deuxième ballon. Monsieur Hervé Gauville, envoyé spécial du journal "Libération", avait promis son concours afin de chroniquer l’exploit de l’artiste. D’autres encore joueraient leur rôle le moment venu, notamment "La Table Gourmande" qui prit en charge l’accueil, ce qui s’avéra en tout point excellent. Voici en peu de mots "le prix fait" (nom du contrat passé entre un peintre et les donateurs au Moyen-Âge) de cette œuvre.

Jean Le Gac, Les délassements du peintre, 1985


… Ces trois citations constituent le meilleur préambule possible à la chronique que l’on va lire, sous la plume de Jean-Pierre Guillon. En Jean Le Gac, figure majeure de la nouvelle génération artistique des années soixante-dix, sous le label “figuration narrative” (tendance autobiographique), Jean-Pierre vient de rencontrer (après Paul-Armand Gette) un plasticien émule de Jules Verne, dont la “Bibliothèque” dessinée comporte, par une heureuse rencontre, la fameuse couverture de La Nuit du Rose-Hôtel.

En Jean-Yves Le Toumelin, il avait depuis longtemps déjà retrouvé un ancien “sujet d'article” de … Maurice Fourré lui-même, chroniqueur au Courrier de l'Ouest dans les années cinquante. Chez ce premier navigateur solitaire, son voisin de vacances au Croisic, l'auteur de La Marraine du sel avait lui-même salué en son temps la vivante incarnation d'un héros de Jules Verne, revenu des mers lointaines. À l'insu de Fourré, Le Toumelin était aussi, comme Jean-Pierre le découvrit par un hasard qui ne pouvait être qu'“objectif”, le frère d'une artiste-peintre surréaliste saluée, à la même époque, par André Breton.

La boucle était bouclée. Il ne nous reste qu’à la parcourir.


BD