Adieu à Jacques

Jacques Mayer Il y a deux mois à peine, début octobre, un coup de fil de Jeannine, son épouse, nous annonçait la mort d’un des membres fondateurs de notre association, Jacques Mayer.

Malgré ses (graves) problèmes de santé, Jacques n’a jamais cessé d’être présent, actif et disponible au sein de l’AAMF. Ce grand érudit et bibliophile, spécialiste absolu du Marquis de Sade, nous a toujours éclairés de ses conseils judicieux, qu’il s’agisse de recherche de documents concernant Fourré, de la présentation du bulletin Fleur de Lune, ou de la conception du site internet, qui lui doit beaucoup. Il tenait à être toujours présent lors de nos assemblées générales, et c’était un grand plaisir que de le voir arriver tous les ans en décembre au café Le Rouquet, en compagnie de Jeannine. En décembre 2010, il était encore là, ayant fait le grand effort de nous retrouver bien loin de Saint-Germain, son quartier, puisque l’AAMF tenait cette fois son AG dans les locaux de la galerie l’Usine, dans le dix-neuvième arrondissement. Les organisateurs avaient veillé à ce que le local choisi soit accessible à son fauteuil roulant, et tous les membres présents ce soir-là se souviennent encore avec émotion de son apparition au sortir de l’étrange monte-charge de l’Usine, dont le sommet, en forme de capsule, s’épanouissait en corolle pour libérer son passager. C’est de cette magnifique entrée en scène de Jacques que nous nous souviendrons, symbole de commencement et non de fin.

Jean-Pierre Guillon, fondateur de l’association et son premier président, a été, à l’AAMF, le plus proche de Jacques Mayer. Nous reproduisons ci-dessous le petit texte qu’il a consacré à son souvenir.

Dernière minute

L’AAMF a la tristesse d’annoncer aux lecteurs de Fleur de Lune, le décès, survenu le 9 octobre dernier, de Jacques Mayer, l’un de ses tout premiers et fidèles adhérents.

Les circonstances de notre rencontre méritent aujourd’hui d’être rappelées, car elles montrent que notre association n’est en aucune manière une assemblée de spécialistes universitaires réunis autour de La Nuit de Rose-Hôtel et autres Tête-de-Nègre. Au moment où l’idée de l’AAMF fut lancée et déposée au Journal officiel en date du 22 janvier 1997 par « une poignée de fanatiques n’excédant pas la demi-douzaine » (selon les propos amusés d’un magazine de la même époque), j’avais laissé en dépôt chez un libraire parisien quelques fascicules personnels touchant le marquis de Sade. Jacques Mayer, que je ne connaissais pas, mais qui fréquentait les lieux à l’affût de tout ce qui avait trait au Marquis, s’enquit de mon adresse et se mit en rapport avec moi.

Cet homme, ingénieur de formation et de carrière, qui se présentait en juillet 2003 à l’envoyé du Bulletin des Bibliophiles comme « autodidacte en littérature », avait en effet constitué chez lui, pour son plaisir, une « Sadothèque », comportant à ce jour plus de quatre mille cinq cents références. Il s’en ouvrit à moi aussitôt, et quand de mon côté je lui appris l’existence et les objectifs de notre association pour Maurice Fourré, il décida du même enthousiasme de nous rejoindre, avec Jeannine, son épouse.

Jacques Mayer, son amitié, sa générosité, sa présence chaleureuse et toujours attentive vont beaucoup nous manquer.

Jean-Pierre Guillon