Le mot du Président

Mille neuf cent cinquante neuf

Oui, il y a cinquante ans, le 17 juin 1959, Maurice Fourré s’apprêtait à fêter, dix jours plus tard, son quatre-vingt-troisième anniversaire. Il est probable qu’il avait pensé à réunir, comme le voulait une tradition établie de longue date déjà, quelques-uns de ses amis autour d’un guéridon ou d’une table bien servie, à la Brasserie du Boulevard : la photo que l’on découvrira dans le présent numéro de Fleur de Lune en fait foi, de même que le témoignage de Michel Butor, qu’elle accompagne. Le 17 juin, donc, la journée étant belle et chaude, déjà presque estivale, Maurice Fourré s’en est allé faire une petite sieste chez lui, au 23, quai Gambetta – et n’en est jamais revenu.

Il est donc bien logique que cinquante ans plus tard, nous consacrions, en cette date anniversaire de sa mort, un numéro un peu spécial de Fleur de Lune à sa mémoire. C’est en outre le numéro 21, 21 comme le solstice d’été célébré dans la Nuit du Rose-Hôtel, un 21 juin que cette année-là, Fourré a raté, de quatre jours.

Numéro particulièrement riche et copieux, donc. Vous y trouverez les souvenirs de Michel Butor sur Fourré et sur la publication du Rose-Hôtel ; et aussi tout un dossier sur le magnifique spectacle que Claude Merlin avait monté il y a dix ans, à partir des quatre romans de Fourré, Les Éblouissements de Monsieur Maurice ; et puis d’étranges correspondances entre deux vies assez différentes, mais qui s’achèvent toutes deux en cette même année 1959, celle de deux vieux messieurs de la littérature de ce milieu du XXème siècle … Quoi encore ? Eh bien, les rapports entre Maurice Fourré et Julien Gracq, éclairés par les lettres du premier au second, correspondance qui vient, fort heureusement, d’être acquise par la médiathèque Jacques Demy de Nantes. Et bien d’autres choses encore.

Un cinquantenaire, ça se fête. Et ce numéro 21 de Fleur de Lune sera présenté à ses lecteurs le samedi 16 mai, à l’occasion d’une soirée Fourré où l’on pourra découvrir ou redécouvrir tout ce que l’AAMF et ses membres ont conçu autour de son œuvre – du théâtre avec Claude Merlin et ses comédiens des Éblouissements  ; du cinéma avec le documentaire que lui a consacré Bruno Duval, Chez Fourré l’ange vint  ; des dessins et des peintures inspirées à Tristan Bastit par les romans de Fourré, des collages-Fourré signés Jean-Pierre Guillon … le tout autour d’un buffet, angevin, bien sûr, et de quelques fillettes de Saumur-Champigny et de rosé d’Anjou. Et où se passeront ces agapes ? Eh bien, chez un jeune homme qui lui aussi s’en est allé, en cette année 1959, non pendant sa sieste, mais en regardant – sans plaisir - un film tiré d’une de ses œuvres. Oui, vous avez deviné, ça se passera chez Boris Vian, cité Véron, à Montmartre.

Ce sera aussi l’occasion d’annoncer une bonne nouvelle : pour la première fois depuis cinquante ans, on va rééditer un titre de Fourré, devenu introuvable : La Marraine du Sel sera à nouveau disponible en librairie. Et croyez-le, pour tous ceux qui, à l’AAMF, se battent pour tirer cette œuvre de sa gangue d’oubli, ce genre de nouvelle se déguste comme un bulletin de victoire.


Champagne !