Mais où est donc Fourré ce Butor?

M. Jean Petiteau, neveu de Maurice Fourré, conservait dans un gros cahier toutes les (rares) coupures de presse relatives à son oncle. Celle que l'on trouvera ici est extraite d'un numéro du Courrier de l'Ouest de 1954. Elle réunit, autour de "l'oncle Maurice", plusieurs de ses admirateurs venus tout exprès de Paris lui souhaiter un bon soixante-dix-huitième anniversaire. Il y a là, accompagné de son épouse, l'essayiste Michel Carrouges, exégète bien connu du surréalisme, dont venait de paraître, aux éditions du Seuil, l'ouvrage fondamental sur les Machines célibataires, avec une longue analyse de la Nuit du Rosé-Hôtel retirée, on ne sait pourquoi, de la réédition de l'ouvrage parue dans les années soixante-dix aux éditions du Chêne. Nous espérons pouvoir réparer cette omission dans un prochain numéro de Fleur de lune. Il y a là aussi le romancier suisse romand Georges Borgeaud, auteur primé du Préau et de la Vaisselle des évêques, dont le témoignage personnel nous serait précieux. Puissions-nous le recueillir dans un numéro ultérieur du Bulletin de l'A.A.M.R. Il y a là, surtout, Michel Butor, qui n'était pas encore l'auteur à succès de la Modification, considéré depuis comme un des pères fondateurs du Nouveau roman. Avant même de publier en 1954, son premier roman. Passage de Milan, il connaissait Maurice Fourré pour avoir été invité, parmi d'autres personnalités parisiennes, par André Breton à assister à la lecture de la Nuit du Rosé-Hôtel donnée par son auteur avant la parution de l'ouvrage en librairie (cf. Philippe Audoin: Maurice Fourré, rêveur définitif). Ayant sympathisé à cette occasion, le vieux et le jeune "nouveau romancier" avaient participé ensemble au numéro spécial sur Jules Verne de la revue Arts et Lettres paru en 1950. En 1956, l'admiration de Butor était intacte, puisqu'il fit paraître, dans la revue Le Monde nouveau, une belle étude sur la Marraine du sel, intitulée Une oeuvre solitaire. Le jeune romancier, qui ne se situait pas encore "à l'écart" de la vie parisienne, est bien le premier à attirer l'attention, d'une autre manière que pittoresque, sur l'importance de l'âge dans les récits de Fourre, la valeur attachée à la typographie et à la mise en page, et sur le versant noir d'une oeuvre dédiée au Rose: "Au coeur d'une pâtisserie toute entière trempée d'alcool, loge une goutte de l'acide le plus corrosif", écrit-il alors en pastichant, non sans clin d'oeil au nom même de l'auteur, la manière néo-symboliste commune à Breton et à Fourré.


Bruno Duval