Echos et nouvelles

Le Bureau de l'AAMF avait pris contact avec les commissaires de l'expo La Révolution surréaliste à Beaubourg, pour évaluer la possibilité d'inclure un soirée Maurice Fourré dans les diverses manifestations parallèles à l'exposition. Hélas, la période historique couverte (1919-1945) ne permettait pas d'y intégrer l'oeuvre de Fourré, qui, avec la publication de la Nuit du Rose-Hôtel, n'est révélée au public qu'à partir de 1950.


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Gérard Durozoi, fourréen de la première heure, historien d'art, a donné une conférence publique sur le Surréalisme et son projet de subversion des valeurs à Beaubourg, le 6 avril 2002, dans le cadre de la grande expo sur le surréalisme mentionnée ci-dessus. Il y a brillamment analysé, illustrant son propos de quelques oeuvres picturales majeures du mouvement surréaliste, le caractère provocateur, novateur, révolutionnaire de cette aventure.
Gérard Durozoi signe aussi dans le gros catalogue de l'expo une synthèse des principales revues surréalistes publiées entre 1919 et 1944, en France et aux Etats-unis. Par ailleurs, dans sa volumineuse Histoire du Mouvement surréaliste (Hazan, Paris, 1997), G. Durozoi évoque (pp. 504/506) les apparitions de Maurice Fourré à la galerie d'art Solutions surréalistes également nommée La dragonne, rue du Dragon, à Paris. Voici ce passage :
Solutions surréalistes : d'octobre 1948 au printemps 1949 existe rue du Dragon une galerie, Solutions surréalistes également nommée La dragonne qui réactive quelque peu le fonctionnement de la centrale surréaliste : chaque mercredi, manuscrits, dessins, propositions sont reçus par deux membres du groupe - et s'y manifestent de la sorte Adrien Dax, André Liberati, Gaston Puel, Jean-Pierre Duprey (...) Plus singulier, Maurice Fourré y fait des apparitions : Breton publie en 1950 son récit (sic) aussi énigmatique qu'euphorisant, La Nuit du Rose-Hôtel dans la collection Révélations qu'on lui confie chez Gallimard (et dont c'est le seul volume, alors qu'il s’agit, selon la préface de l'ouvrage, de "promouvoir au jour un certain nombre d'oeuvres réellement à part dont l'accès ne laisse pas toujours de présenter certaines difficultés, mais dont la vertu est de nous faire voir au large de la vie que nous croyons mener, par là de soustraire à la stéréotypie et à la sclérose les forces vives de l'entendement."

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Enfin, et toujours en ce qui concerne G. Durozoi - l'entretien entre lui et l'AAMF fut très fructueux - il nous a révélé qu'il envisageait d'organiser une exposition sur le Surréalisme dans les années 1950-1960, qui viendrait heureusement compléter celle de Beaubourg, en des lieux et à des dates qui restent à déterminer, mais en tout cas dans un avenir assez proche. Encore une occasion de proposer que Fourré soit à l'honneur.

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Soirée Maurice Fourré à Château-Gontier
Monsieur Maurice au couvent

Inimaginable.
Cachotterie supplémentaire deTonton Coucou, que son pouvoir de transfiguration post-mortem, dans le couvent XVIIème des Ursulines de Château-Gontier :ipsaque mors nihil (et la mort elle-même n'est rien, dit Sénèque).
C'est dans les bâtiments gothiques et classiques de ce centre culturel de la ville-patrie des "artistes" de Tête-de-Nègre que le 23 mai 2002 un autre artiste des "lisières", Paul-Armand Gette est venu nous confier la passion qu'il cultive pour l'oeuvre de Maurice Fourré depuis la parution de la Nuit du Rose-Hôtel en 1950, roman qu'il place aussitôt - raisonnablement - à l'élévation du Nadja de Breton, et d'Un beau ténébreux de Gracq.
Au cours d'une lecture-causerie, illustrée par ses photographies, aimablement sulfureuses, P.A. Gette a proposé quelques chemins de traverse et parallélismes d'approche de l'oeuvre du "conducteur anonyme", usant des coloriages et débordements caractéristiques de sa pratique artistique :
Maurice Fourré ose aborder les thèmes que nous n'avons peut-être poas envie de voir. C'est bien là une des fonctions de l'art, cette utilisation et ce dévoilement des mythes ... (il) nous tend le miroir, et c'est notre reflet qui nous effraye. Cette oeuvre rose baignée de sensualité brûlante possède une charge poétique encore capable de faire sauter les murs dont on essaye de nous entourer. Le rose du Rose-Hôtel, de Madame Rose, de Rosine et du livre enfin dans son édition originale, cette couleur bannie, celle du sang, du sexe, d'Aphrodite, est celle qu'affectionne P.A. Gette, au point d'avoir couvert le corps de ses modèles de pétales de roses roses.
De même que Maurice Fourré, il nous interpelle sur les fonctions toujours actuelles des "machines célibataires" comme le Rose-Hôtel, évoquées - entre autres - par Marcel Duchamp (alias Rrose Sélavy et Marchand du Sel après qui "sortaient de la vitrine La Marraine du Sel et la Mariée (mise à nu par ses célibataires, même) et/ou fondant comme cire au soleil dans une vitrine de la ville de Richelieu. Les promotions spectaculaires de Love Story et des ordinateurs, suggère encore P.A. Gette, ne sont-elles pas machines célibataires, poudres évanescentes de perlinpinpin ? Le virtuel s'évapore, et seul reste le verre ... de l'écran.
Il était pertinent de poser ces questions, ce soir-là, au couvent :

Maurice aura-t-il été :
-l'Ascète des mortifications ?
-Un flagellant ?
-Un exhibitionniste de l'Agonie ?

A.T.

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ENCORE UN COUP FOURRÉ?

Dans le numéro fourre-tout du Magazine littéraire consacré à Raymond Roussel et autres "extravagants", il est fait mention, à propos de Jean-Pierre Brisset, d'un certain "Fourré", qui, avec un non moins certain "Carrouges", aurait été, par André Breton, "chargé d'enquête biographique". Sans doute faut-il se féliciter que ledit "Fourré" n'ait pas été jeté en pâture au peuple parmi les "extravagants"et leurs exégètes plus ou moins mimétiques, tels Blavier, Queneau ou Dubuffet. Encore aurait-on pu souhaiter que ledit "Fourré" soit au moins identifié, sous son prénom usuel de Maurice, comme l'auteur, préfacé par Breton, de la Nuit du Rose-Hôtel et de quelques autres romans. À moins que, parmi les initiés du Magazine, sa notoriété soit devenue telle que nul, en 2002, ne le confonde plus avec Fourest (Georges), Fourier (Charles), Fournier (Alain), Fourrier (Marcel) ou encore Ferré (Léo), qui tous figurent, à des degrés et des titres divers, dans le Petit Breton illustré.
Et j’allais oublier Ferry (Jean), lui aussi préfacé par Breton en 1950 !