Le réseau Fourré

C'est à la bienveillance de Natalie François, née Petiteau, petite-nièce de Maurice Fourré, que Fleur de lune doit la faveur insigne de publier une nouvelle de Fourré inédite en librairie et datant, non de sa jeunesse inexpérimentée, comme Patte-de-bois et Une Conquête, mais de sa maturité littéraire, c'est-à-dire en fait de sa vieillesse, comme ses quatre romans. À la différence des autres nouvelles de cette époque, celle-ci n'a pas été publiée dans le Courrier de l'Ouest, mais, en 1956 — un an après la Marraine du sel chez Gallimard- dans un journal d'étudiants, le Pavé, dirigé par M. J. Jarry, étudiant en droit qui avait rencontré Fourré aux Châteaux de la Loire, librairie tenue par Max Thouret, interviewé dans le film Chez Fourré l'Ange vint. Est-ce lui que Fourré, joignant le geste à la parole, décrivait par l'expression "ses longues mains nerveu-euses", rapportée avec délices par Max Thouret? Impossible de l'affirmer avec certitude. Toujours est-il que le nom de Jarry ne devait pas être indifférent à celui qui cita, en contrepartie de René Bazin, le nom du barde de Laval en exergue de Tête-de-Nègre.
En dépit de sa rédaction tardive, sur le mode alors familier à l'auteur du souvenir d'enfance, le Papillon de neige reprend, en quelques lignes, le schéma de Patte-de-bois,, où le héros fourréen apparaît sous les traits d'un petit garçon qu'une différence physique met à l'écart de ses petits camarades, jusqu'au moment où cette différence même leur permet de trouver une ressemblance avec lui, et même entre eux, qu'ils n'avaient pas perçue jusqu'alors. Sous le rapport de l'imaginaire personnel de Fourré, la différence en question, de nature ethnique, comme il n'aurait pas dit lui-même, entretient une relation précise avec Tête-de-nègre : le titre d'abord, mais aussi l'épisode commémoratif de la jeune Égyptienne servant de chasse-mouche au héros aveuglé ("J'ai vu au Caire, en 1913,...Si tu me donnes un talari, je ferai disparaître tout le peuple des mouches"). Indiquée par Philippe Audoin, la source autobiographique de l'épisode est confirmée par Natalie François dans Chez Fourré l'Angevin: "Je crois qu'il avait été très amoureux d'une amie de mes grands-parents à La Baule, qui appartenait à la famille Janselme... C'était une personne d'origine égyptienne ..., Or, le petit Dominique du Papillon de neige est, lui aussi, d'origine et de culture (à demi) égyptienne. Il y aurait donc, dans ce souvenir d'enfance, une empreinte pré-pubère de l'érotique fourréenne, substantiellement liée à l'exotisme.
Par des voies aussi détournées qu’inattendues (à la faveur d’une projection du film Chez Fourré), j’ai retrouvé la trace de "la famille Janselme », en la personne de Mme Denise Olry, née Janselme, amie de jeunesse de la tante d’un des membres de l’AAMF. Sa grand-mère, d'origine égyptienne, s'appelait Georgina Bacos et a vécu jusqu’en 1912 environ à Alexandrie, avant d’épouser M. Janselme et de rencontrer plus tard, lors d’une saison d’été à La Baule, Maurice Fourré. Par un curieux hasard, le fils de Denise, Stéphane Olry, s'apprête à réaliser... un spectacle sur la branche égyptienne de sa famille. C’est grâce à eux que nous avons pu joindre à ce numéro la photo de Georgina, le  « grand amour » de Fourré : qu’ils soient remerciés.


B.D.