Jeanne-Marie & an daouzek arbostoll

Le Café des Douze Apôtres à Douarnenez


Depuis des années, je prends mes quartiers d'été en Bretagne, dans mon atelier de Douarnenez. C'est ainsi que j'avais lié connaissance avec Guillemot, le fondateur des éditions Calligrammes, de même qu'avec Jean-Pierre Guillon, notre fondateur. Mais j'y ai également fait connaissance du monde très particulier des marins-pêcheurs.

Une chose avait particulièrement retenu mon intérêt : leur façon de dénommer les navires. Armer un navire à la pêche, à l'époque, était une affaire coûteuse. Très vite l'usage s'est institué, dans un environnement dépourvu de système de crédit, de former à cet effet des sortes de syndicats où les uns et les autres, par l'apport d'une participation en nature (fourniture de filets, d'avitaillement, aide à la construction du navire, etc.) bénéficiaient d'une quote-part de pêche. Pour tenir les comptes et la caisse à l'abri des fortunes de mer, ces syndicats eurent coutume de s'en remettre à une femme, habituellement celle du patron de la chaloupe sardinière, ouvrant un café sous le nom même du navire.

Lisant Le Caméléon Mystique, alléché par le chapitre sur Douarnenez, j'eus l'heureuse surprise d'y voir Maurice Fourré soi-même assez intrigué par ces noms de cafés : Aurore Boréale, Au baromètre, L'Étoile du Marin, pour y situer la gentille aventure douarneniste avec Jeanne-Marie à qui le narrateur confie une des clefs du roman, l'anneau d'eau passé au doigt de Philomène.

Jeanne-Marie tenait le café AN DAOUZEC ARBOSTOLL (Les Douze Apôtres) "d'où l'on découvrait l'épaule nuageuse du Menez-Hom". Quoique disparu aujourd'hui avec une multitude d'autres, il devrait être possible de le resituer. Il y a bien à une dizaine de kilomètres de Douarnenez, dans les terres, un calvaire des Douze Apôtres, mais Fourré est sans ambigüités, Jeanne-Marie est à Douarnenez même. Par ailleurs on voit mal, dans le contexte breton d'alors, donner ce nom à un café sans la justification d'une éponymie avec une chaloupe sardinière. Sur cette hypothèse, le simple examen de la carte montre qu'en effet, pour voir le Menez-Hom, il faut être sur le Port du Rosmeur et que retrouver le bateau donnerait la piste du café.


Tristan Bastit