Les croquettes à l'anis

Cher Maurice Fourré,


J'avis fait mes délices de La Nuit du Rose-hôtel, en 1950. Cinq années passèrent, et ce fut La Marraine du Sel qui aviva et entretint ma passion. Encore soixante mois, et je pus me jeter sur Tête-de-Nègre, qui vous valut tant de tourments de la part de l'éditeur. Dès la première page, votre "présentation des artistes" donne d'emblée la coloration si particulière de votre roman, et vous me pardonnerez, cher Maurice Fourré, si mes goûts et ma profession m'inclinèrent en direction de cette "femme peintre" dont vous ne dévoilez pas grand-chose, sinon que le "Monsieur anonyme", qui vous ressemble comme deux gouttes d'eau, lui achète, à Château-Gontier "des croquettes à l'anis et des cartes postales licencieuses".

En 2002, un des mes amis ayant pour fonction la culture des Castrogontériens m'invita à vous rendre hommage1dans cette ville où la présence dominicale d'une camionnette angevine avait bien dû laisser quelques souvenirs.

Je n'eus aucun mal à trouver les délicieuses et aphrodisiaques croquettes, par contre aucune des cartes postales rencontrées ne se permettait la moindre licence !

C'est en pensant aux vingt-deux ans de Jobic2, à ses 1,52 m, à ses 48 kilos, et à vous aussi, bien cher Maurice Fourré, que de retour à Paris je disposai, sur une assiette de porcelaine quelques croquettes, une somptueuse petite culotte de soie cerise, et ma montre, pour composer une "nature morte" 3qui me sembla bien vite ne l'être pas du tout, et que je dédiai à la petite amie du Monsieur anonyme.

J'aurais voulu terminer ma lettre de poétique façon, hélas n'ayant pas la maîtrise de la langue des muses, j'emprunte les trois dernières lignes de votre livre : "Alors le cauchemar s'est enfui, par la cheminée des elfes, pour mourir dans la lande."


Paul-Armand Gette



1Maurice Fourré, ou le solstice des passions

2Petite amie du Monsieur anonyme

3cf ill. de couverture, Dégustation des croquettes à l'anis, 2002